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Communication dans un congrès

A quel régime de perturbations les espèces forestières sont-elles adaptées ? Importance de l'historique de gestion

Résumé : Le rôle des perturbations dans le fonctionnement des écosystèmes forestiers est reconnu par la plupart des écologues, mais les points de vue divergent quant à savoir à quel régime de perturbations elles seraient les mieux adaptées. D'un point de vue évolutif, il est possible que les espèces les moins tolérantes aux perturbations anthropiques aient disparu et que celles qui les tolèrent le mieux dominent actuellement dans nos écosystèmes forestiers. Cela nous conduit à discuter successivement trois hypothèses sur le régime de perturbations : (H1) "le régime de perturbations engendré par l'homme a réduit l'abondance de certaines espèces spécialistes de stades ou d'éléments de l'écosystème forestier devenus peu fréquents ou absents dans le paysage. Ces espèces pourraient retrouver des abondances plus élevées si la gestion forestière reconstituait au niveau du paysage ces habitats en plus grande quantité" ; (H2) "les espèces présentes aujourd'hui sont adaptées au régime de perturbations passé et toute modification importante de ce régime pourrait alors les mettre en danger à plus ou moins long terme" ; (H3) "il faut offrir aux espèces une diversité des régimes de perturbations au travers de modes de gestion variés, créés par des sylvicultures différentes, qui laissent une chance d'adaptation à toutes les espèces, sans faire d'hypothèses sur le régime qui leur est adapté". La première approche part du constat que l'exploitation forestière des forêts primaires nord-américaines et scandinaves, en bouleversant le régime des perturbations, a mis et continue de mettre en danger les espèces inféodées aux stades de fin de succession, au bois mort au sol et aux arbres âgés et sénescents (Hansen et al. 1991, Angelstam 1998, Niemelä 1999). Cependant, transposer directement ce concept aux écosystèmes médio-européens est discutable, car le régime des perturbations naturelles y a été bouleversé depuis longtemps : les forêts ont été cultivées pendant des siècles, souvent de manière très intensive (Bengtsson et al. 2000). Par conséquent, on peut se demander s'il n'est pas déjà trop tard pour se préoccuper, dans les termes de l'hypothèse H1, de l'impact de la gestion forestière sur la biodiversité, et opter pour l'hypothèse H2. Cette hypothèse est défendue par certains écologues qui considèrent par exemple que le régime traditionnel de coupes de taillis est un système de perturbations qui permet de conserver la flore et la faune des forêts anciennes, étant donnée la durée d'application du traitement en taillis-sous-futaie (Rackham 1980). Des travaux récents sur la flore vont dans le sens de cette hypothèse (Decocq et al. 2004) : ainsi, le problème n'est plus de comparer l'effet du régime des perturbations engendré par la gestion à un régime de perturbations naturelles, mais d'analyser son évolution induite par les changements de pratiques sylvicoles. Une synthèse des hypothèses H1 et H2 peut être proposée sur la forme d'une troisième hypothèse plus générale (cf. H3), qui a pour avantage de pouvoir faire face aux changements futurs, à commencer par les changements climatiques. Les différents travaux menées par l'équipe sur la réponse de différents groupes aux pratiques de gestion (flore, Coléoptères carabiques et Lépidoptères nocturnes) permettent : (1) d'alimenter les réflexions quant à l'hypothèse la plus probable pour conserver la biodiversité forestière ; (2) de montrer les limites de conclusions apportées par l'analyse d'un seul groupe taxonomique et (3) de comprendre pourquoi la comparaison de l'effet à long terme de différentes sylvicultures sur la biodiversité n'est pas facile à tester.
Type de document :
Communication dans un congrès
Liste complète des métadonnées

https://hal.inrae.fr/hal-02588227
Déposant : Migration Irstea Publications <>
Soumis le : vendredi 15 mai 2020 - 12:35:37
Dernière modification le : lundi 23 novembre 2020 - 08:40:02

Identifiants

  • HAL Id : hal-02588227, version 1
  • IRSTEA : PUB00020214

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Citation

Laurent Bergès, P. Bonneil, Christophe Bouget, R. Chevalier, F. Gosselin, et al.. A quel régime de perturbations les espèces forestières sont-elles adaptées ? Importance de l'historique de gestion. Le réveil du Dodo II, Paris, 7-9 Mars 2006, 2006, pp.10. ⟨hal-02588227⟩

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