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Communication dans un congrès

Impact des récoltes de bois énergie sur la biodiversité

Résumé : Comme d’autres espaces naturels, les forêts sont à la croisée de plusieurs enjeux sociaux qui requièrent la recherche de compromis. La production d’énergies renouvelables, incluant la bioénergie basée sur le bois, en réponse aux besoins énergétiques et aux préoccupations des changements climatiques, des émissions de gaz à effet de serre et du remplacement des énergies fossiles, et la conservation de la biodiversité, mais aussi la séquestration de carbone, font l’objet d’engagements internationaux. La perspective d’une intensification des prélèvements de biomasse ligneuse en forêt nous conduit à nous interroger sur la vulnérabilité de la biodiversité forestière, et notamment sur notre capacité à identifier les situations les plus sensibles. Un bref retour sur l’histoire nous rappelle que le minimum forestier correspond en France à l’apogée du bois énergie, avant les révolutions du charbon et des hydrocarbures fossiles à la fin du 19e s. L’intensification des prélèvements de biomasse ligneuse en forêt induit potentiellement des changements d’habitat à l’échelle du peuplement mais aussi à l’échelle du paysage : diminution des surfaces forestières peu ou pas exploitées depuis des décennies, augmentation de la surface totale des coupes, de la desserte et de la fragmentation des habitats, dégradation des conditions de sol et de l’ambiance forestière, développement des cultures dédiées. À l’échelle du peuplement, le profil et la disponibilité du bois mort sont modifiés par la récolte d’arbres entiers et la récupération après coupe des déchets de coupe et des souches par exemple. La réponse positive ou négative de plusieurs segments de la biodiversité spécifique à ces différentes tendances de l’intensification est examinée, un accent étant porté sur la flore et la faune du sol, et sur les espèces associées au bois mort. Les enjeux de conservation de la biodiversité saproxylique associée aux souches et aux menus bois sont soulignés. Il est rappelé (i) que la dissimilarité des assemblages entre petites et grosses pièces rend la substitution entre catégories de bois mort impossible, et (ii) les inconvénients pour la biodiversité de la récolte différée des rémanents d’exploitation et l’effet de « piège écologique » des tas temporaires. L’extrapolation des études d’impact locales à des échelles spatiales plus larges est délicate. S’il semble évident que la diminution des surfaces forestières peu ou pas exploitées depuis des décennies devrait occasionner la réduction de disponibilité des gros bois morts au sol et du bois mort sur pied, ressources clés, bien présentes dans les forêts abandonnées, l’avenir de la quantité de petit bois mort est matière à débat. En effet, à l’inverse de la tendance à l’accroissement des exportations intensives de bois (arbres-entiers, rémanents, souches…) avérée au niveau local, on peut noter que l’augmentation des surfaces exploitées devrait générer un volume important de rémanents qui ne seront probablement pas exportés dans un certain nombre de cas. Le cumul des impacts locaux conduirait donc soit à une réduction volumique soit à des phénomènes de compensation et à un bilan favorable en termes de volume global de petit bois mort. Au niveau du paysage, seules des simulations prospectives fondées sur plusieurs scénarios sylvicoles et des suivis, notamment à l’échelle de bassins d’approvisionnement, ou de chantiers expérimentaux pourront permettre d’y voir plus clair. De plus, la plupart des travaux ont été conduits en utilisant la diversité alpha comme cible de conservation. D’autres variables, comme la richesse spécifique à l’échelle régionale (diversité gamma), peuvent être des cibles de conservation pertinente et devront être étudiées. Les conséquences potentiellement favorables d’une intensification des systèmes de production pour certains compartiments de la biodiversité sont également explorées. Dans le cas particulier des filières spécialisées (cultures dédiées : futaies à courte révolution et taillis à courte ou très courte rotation), l’effet sur la biodiversité est examiné localement en fonction de leur substitution à des forêts « naturelles » ou à des cultures agricoles, et pour leur éventuel rôle de corridor, tampon voire habitat de substitution entre les fragments de forêt « naturelle ». Comme le niveau de connaissance actuel ne permet pas de définir un niveau approprié d’extraction/rétention à l’échelle territoriale, les décideurs pourraient remettre en cause le principe de gestion multifonctionnelle des forêts françaises, en encourageant une spécialisation territoriale de la gestion, avec (i) des secteurs dédiés à la conservation de la biodiversité et à forte réglementation environnementale et (ii) des zones vouées à l’exploitation accrue de biomasse. Les critères de cette sectorisation sont à définir. Dans les forêts aménagées structurellement simplifiées, des stratégies de restauration active par génie écologique compensatoire visant à restaurer les attributs des vieux peuplements sont à développer.
Type de document :
Communication dans un congrès
Liste complète des métadonnées

https://hal.inrae.fr/hal-02599052
Déposant : Migration Irstea Publications <>
Soumis le : samedi 16 mai 2020 - 01:24:30
Dernière modification le : mardi 15 septembre 2020 - 16:22:06

Identifiants

  • HAL Id : hal-02599052, version 1
  • IRSTEA : PUB00039473

Collections

Citation

Christophe Bouget. Impact des récoltes de bois énergie sur la biodiversité. Colloque Forgeco "Forêts et écosystèmes cultivés : vers une intensification écologique ?, Dec 2013, Grenoble, France. pp.22. ⟨hal-02599052⟩

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