, nécessaire pour que cette technologie soit adoptée mais n'est pas suffisant. Il est également nécessaire de diffuser l'information concernant les performances de cette nouvelle technologie. La diffusion de cette information a deux effets sur les décisions des agriculteurs. Elle permet d'éliminer le biais ( sur l'espérance perçue) éventuel des perceptions (pessimistes ou optimistes) des agriculteurs dans l'évaluation de ces technologies. Cette diffusion de l'information permet également d'éliminer les effets de l'incertitude ( en variabilité perçue) sur le comportement des agriculteurs

, Puisque l'expérimentation de la nouvelle technologie peut s'avérer coûteuse et risquée, l'agriculteur peut chercher à se procurer de l'information via d'autres sources. Lorsqu'il expérimente ou adopte une nouvelle technologie, un agriculteur produit de l'information pour lui-même mais aussi pour les agriculteurs dont les exploitations sont comparables, notamment ses voisins. Cette information peut parvenir aux autres agriculteurs de manière informelle ( observations, échanges verbaux) ou dans des cadres formels

Z. Sunding, Cependant, en l'absence de coordination, cette propriété de l'information produite par l'expérimentation et l'adoption des nouvelles technologies peut être à l'origine de comportements stratégiques de la part des agriculteurs. Certains agriculteurs peuvent adopter un comportement similaire à celui d'un passager clandestin : ils attendent que leurs voisins adoptent ou expérimentent les nouvelles technologies de production. Ceci leur permet de réduire leurs propres coûts d'apprentissage. Le problème est ici que si tous les agriculteurs réagissent de cette manière (ce qui est somme toute rationnel) l'adoption de ces nouvelles pratiques peut être très lente. Du point de vue de la théorie économique, ce phénomène tient à ce que l'information produite par l'adoption ou l'expérimentation d'un agriculteur possède des caractéristiques de bien public dans le sens où elle peut bénéficier simultanément à plusieurs agriculteurs sans que son producteur n'en pâtisse. Or un des phénomènes économiques essentiels liés aux biens publics est que ces biens sont produits en quantités généralement insuffisantes si leur production n'est pas coordonnée par une instance agissant dans l, Ces échanges d'information (learning by others) constituent une des sources les plus fréquemment citées de la diffusion des technologies de production agricole, 1993.

, Baerenklau, 2005) et les effets d'éléments communs à des exploitations voisines. Néanmoins, certaines études empiriques montrent que l'absence de coordination dans l'apprentissage des effets des nouvelles technologies de production tend à ralentir significativement l'adoption de ces technologies, Ces difficultés proviennent de problèmes d'identification dus à ce que ces effets du partage de l'information se confondent avec des effets d'imitation, 1994.

, Du point de vue des choix de politiques de régulation de l'utilisation des pesticides, cette question est très importante. En effet, l'aversion face au risque est une caractéristique des préférences des agriculteurs et, théoriquement, ne peut pas être modifiée. En revanche, il est possible d'améliorer les perceptions des agriculteurs mettant en place des programmes de formation (Mumford, 1981; Musser et al. , 1986) ou en diffusant des informations qui leur permettent de réviser leur perception des risques, Estimer les effets de l' incertitude sur les choix des agriculteurs est assez délicat, 1984.

, Elles peuvent être produites par les agriculteurs eux-mêmes ou par des experts dont les agriculteurs (notamment ceux qui ont des contraintes de temps importantes) pourraient se procurer les services, D'autres informations sont spécifiques (car dépendantes des systèmes culturaux, ... ) aux exploitations

, Ces spécificités génèrent des coûts d'adoption spécifiques: travail d'observation et prise de risque, notamment. L 'adoption de pratiques innovantes requiert en fait deux conditions : ? Il est nécessaire que les agriculteurs anticipent que les bénéfices futurs (une fois la nouvelle pratique maîtrisée) attendus de la nouvelle pratique permettent d'amortir ! 'investissement initial (formation, matériel spécifique, Subventionner / 'adoption (et non l 'utilisation) des pratiques innovantes Les pratiques agricoles économes en pesticides sont délicates à adopter dans la mesure où elles doivent être testées puis adaptées localement

, En effet, au coût de l' investissement initial il convient d'ajouter les coûts d'expérimentation et d'adaptation (i.e., les coûts d'apprentissage) de la pratique innovante. En l'absence d ' intervention publique l'adoption de pratiques innovantes peut être limitée, voire lente même lorsque l, cas de pratiques complexes et devant être adaptées localement, la condition précédente n'est pas suffisante

, Ceci peut justifier l' intervention de l' Etat lorsque les pratiques innovantes génèrent un bénéfice social, ce qui est le cas ici

, Etat peut subventionner la phase d'adoption (donc transitoirement) des pratiques innovantes ou aider financièrement des structures telles que les GDA, Ces interventions visent à : et: ? aider les agriculteurs « précurseurs » à supporter les coûts spécifiques à l'adoption des

, En ce sens ils génèrent des effets externes positifs que l'Etat rémunère via ses aides transitoires à l'adoption des pratiques innovantes. D'une part ceci permet d'amorcer un effet« boule de neige». D'autre part, ceci évite que les agriculteurs adoptent des comportements stratégiques. En effet, il peut être rationnel pour un agriculteur d'attendre que ses voisins adoptent la nouvelle pratique pour bénéficier à moindre frais de l'information qu'ils auront produite. Si tous les agriculteurs adoptent ce comportement d' attente, le processus de diffusion peut être très lent. Le financement de structures telles que les GOA vise à favoriser l'organisation du partage de l'information que les agriculteurs peuvent produire les uns, En effet, les effets de partage de l'information (voire d'imitation) sont importants dans ce contexte

, Il est important de rappeler ici que les subventions pour adoption de pratiques innovantes (recommandées par l'UE) n'ont de justifications que si elles sont transitoires. Ces subventions ne doivent être utilisées que lorsque les pratiques concernées s'avèreront rentables une fois maîtrisées, i.e. dont l'utilisation en régime de croisière ne nécessite pas d'aides

, Or, tout au moins pour certaines cultures, il est évident que des mesures visant à réduire les autres pollutions d'origine agricole auront d'étroites relations avec les mesures de régulation de l'utilisation des pesticides. Ceci tient par exemple aux liens qu'entretiennent la fertilisation et la protection phytosanitaire au niveau agronomique. L' intérêt de la coordination entre les politiques de régulation des différents polluants d'origine agricole est, de notre point de vue, insuffisamment étudiée, Agir en cohérence avec les autres mesures de régulation en place ou envisagées Jusqu'à présent, le problème de la régulation des pollutions par les pesticides a été considéré de manière isolée

, Dans les zones plus sensibles, il convient de mettre en place des instruments complémentaires, i.e. pour atteindre des objectifs de réduction des effets des pollutions plus importants

, Il convient également de noter quel 'efficacité des instruments utilisés localement est d'autant plus importante (de même que leurs coûts de mise en place sont d'autant moins importants) que les instruments globaux jouent leur rôle. Typiquement, ces instruments concernent : ? les zones écologiquement sensibles, ? les zones de proximités avec des points d'eau ou encore: ? les zones où les conflits d' usage de l'environnement sont importants (zones péri urbaines, C'est en fait dans ces cas que la palette des instruments disponibles est la plus large

.. Dce, Bien entendu, la définition de ces instruments suppose ce zonage préétabli (zones Natura, 2000.

, utilisation des pesticides) et la mise en place d'approches contractuelles où l'utilisation par les agriculteurs de pratiques (très) économes en pesticides est subventionnée sur une base permanente. En fait, ces deux approches visent à « fixer » les quantités de pesticides utilisées par les agriculteurs, sur une base obligatoire dans le premier cas, sur une base volontaire dans le second. Les subventions pour utilisation locale de pratiques (très) économes en pesticides sont justifiées d' un point de vue économique : elles sont les moins coûteuses lorsqu'elles ne sont utilisées que localement et, Les mesures envisagées ici sont l' instauration locale de normes contraignantes

. Dans, ensemble des mesures présentées ici donnent« droit» à des compensations ( qui font partie intégrante de l'approche par les contrats) puisqu 'elles demandent aux agriculteurs des efforts qui vont au-delà des minima requis ailleurs. Notons simplement ici que les approches proposées ci-dessous sont généralement coûteuses pour le budget de l'Etat, notamment parce qu'elles nécessitent la mise en place d'un système de contrôle/sanction coûteux. Envisager d'utiliser ces instruments comme base de la régulation des pollutions par les pesticides, i.e. comme mesure globale, semble économiquement peu pertinent. En effet, un système de contrats peut être avantageusement remplacé par un système de taxation lorsqu

, Normes et/ou d'interdictio11 d'utilisatio11

, Dans les zones les plus sensibles, il est justifié de mettre en place des normes d'utilisation (voire des normes de concentration de pesticides dans certaines masses d'eau

, Compte tenu des coûts du système de contrôle/sanction du respect des normes, il semble sensé de privilégier des systèmes d'interdiction, plus faciles à contrôler que le respect de «bonnes» pratiques. Bien entendu, ce choix des interdictions peu sembler coercitif mais trouve sa justification principale dans une volonté

, En outre, les lois concernant les installations classées sont généralement bien acceptée puisqu'elles permettent d'organiser ex ante la localisation des activités de production polluantes

O. Dans-cette, la généralisation (lorsque nécessaire) du principe des bandes enherbées aux périmètres des eaux de surface (rivières, lacs, fossés, ... ) ou des points de captage est une mesure intéressante puisque son respect est aisé à vérifier

, Non seulement elle repose sur un cahier des charges transparent et peut, dans une certaine mesure, s'autofinancer lorsque ses produits sont bien valorisés par le marché

, Lorsque la nature du problème concerné ne justifie pas une interdiction d' utilisation des pesticides, des approches contractuelles peuvent être utilisées. Ces approches peuvent aller des contrats individuels cofinancés par l'UE dans le cadre des MAE à des approches collectives, par exemple lorsqu ' il convient simplement de réduire la concentration de pesticides dans une rivière (approches par bassins versants), Ces approches ne seront pas développées ici car elles sont nombreuses et peuvent être très diverses

, L'articulation de ces mesures avec les mesures utilisées à l'échelle globale est double. D'une part, le système de taxation diminue d'autant les subventions (ou compensations) à verser aux agriculteurs pour l'adoption des contrats proposés localement. D'autre part, l'action de l'Etat en matière de recherche et de conseil doit également permettre l

, Mise e11 place de mesures non centrées sur l'utilisation ou la qualité des pesticides

, Les mesures proposées ci-dessus ne concernent que l'utilisation et la qualité des pesticides. Or, il peut être nécessaire d'agir sur d'autres secteurs que le secteur agricole ou celui de la production des pesticides

, En effet, si des mesures d'interdiction de l'utilisation des pesticides devaient être mises en place localement, l'agriculture biologique offrirait une alternative aux agriculteurs concernés. L'Etat peut prendre en charge une partie des coûts de la conversion à ces pratiques, voire subventionner ce mode de production. Mais il peut également être envisagé de mettre en place des mesures spécifiques visant au développement de ces marchés spécifiques via : ? la valorisation et le renforcement de la crédibilité des labels pertinents, ? le développement de la sensibilisation des consommateurs, Les mesures les plus souvent évoquées concernent les produits de l'agriculture biologique

, ? le développement de canaux spécifiques de commercialisation (le co-financement par l'UE de la recherche par les agriculteurs de débouchés de produits fermiers est possible

, Cette idée est déjà appliquée aux Pays-Bas, en Californie ou en Angleterre et est envisagée pour l'ensemble des Etats-Unis et par le Danemark. Ces instruments de régulation sont maintenant regroupés sous le terme d'instruments de troisième génération, les instruments de première génération regroupant les instruments réglementaires (normes, .. . ) et les instruments de seconde génération étant les instruments d

, Etat, la grande distribution et les agriculteurs est une option potentiellement intéressante. Les efforts de certaines grandes enseignes en faveur des produits de l' agriculture biologique ou, à un degré moindre, de l' agriculture raisonnée montre que la grande distribution peut trouver un intérêt à ce type d ' opération, notamment en termes d' image. Le partenariat de la distribution est nécessaire

, Dans une logique similaire, les transformateurs des produits agricoles peuvent jouer un rôle au niveau du comportement des agriculteurs par l'adaptation de leurs cahiers des charges. Là encore des accords pourraient être passés entre l'Etat et les transformateurs. Malheureusement il est difficile d'estimer l' impact potentiel de ces accords

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