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Rapport

Ouverture des frontières et développement agricole dans les pays de l'UEMOA : l'impact des importations de volailles et de produits laitiers sur la production locale au Sénégal

Résumé : De plus en plus de documents mettent en évidence des “poussées d’importations” dans certains pays en développement, poussées souvent suivies d’effets négatifs sur les filières locales. Cependant, peu d’études de cas ont été réalisées sur ces phénomènes soudains, en particulier en Afrique. En Afrique de l’Ouest, l’UEMOA s’est engagée dans un processus de réduction des droits de douane avec la mise en oeuvre en 2000 du Tarif Extérieur Commun (TEC). Cette ouverture des frontières a été suivie d’une augmentation rapide des importations agro-alimentaires. La présente étude a été réalisée de septembre 2003 à février 2004 à Dakar et dans 2 villes secondaires du Sénégal pour évaluer l’impact des poussées récentes d’importation de produits avicoles et de produits laitiers au Sénégal.Les importations de cuisses de poulet ont augmenté de manière dramatique entre 1996 et 2002, passant de 500 à 16.600 tonnes. Ces importations sont constituées de morceaux congelés (86 %), de poulets entiers congelés (13 %) et de viande fraîche (1 %). Elles se sont élevées à près de 10 milliards de Fcfa en 2003, ce qui représente l’équivalent du chiffre d’affaire de la production locale de poulets de chair. Les Pays-Bas et la Belgique comptent pour 62 % de ces importations, et le Brésil pour 24 %. La part de marché des Etats-Unis et du Canada s’est considérablement réduite entre 2000 et 2003, passant de 15 à 2 % du total des importations. Plusieurs facteurs expliquent ces poussées d’importations, au premier rang desquels on trouve la disponibilité sur le marché mondial de produits à des prix extrêmement bas. La production de poulets fermiers ne semble pas avoir été affectée par les importations en raison de la spécificité du marché du poulet de ferme. Mais les poussées d’importation ont gravement affecté la production nationale de poulets de chair. Alors que les organisations de producteurs évaluaient à 70 % le nombre de fermes ayant disparu, les données issues de l’industrie montrent que le nombre de poussins de chair mis en élevage a diminué de seulement 30 % entre 2001 et 2003, ce qui représente une crise « modérée » mais « soudaine ». Certaines des fermes se sont reconverties dans l’élevage de poules pondeuses. Le secteur de la production d’oeufs de consommation est en effet très dynamique et représente le double du chiffre d’affaire de la production de poulets de chair. En dépit de son coût social, cette crise a eu un impact important en terme d’organisation de la filière et a abouti à l’émergence d’une Fédération nationale des acteurs de la filière avicole (FAFA) et de l’Union nationale des acteurs de la filière avicole (UNAFA). La crise a, d’autre part, eu pour effet d’augmenter le niveau de segmentation es marchés et a contribué à modifier progressivement les usages alimentaires. La production de poulets de chair pourrait bénéficier d’une professionnalisation des producteurs et d’une meilleure organisation de la commercialisation.Dans le secteur laitier, les importations sont à un niveau élevé depuis longtemps, si l’on excepte les 2 (deux) années qui ont suivi la dévaluation du Fcfa de janvier 2004. Cependant, ces importations ont récemment augmenté pour atteindre en 2002 le niveau de 240.000 tonnes Équivalent Lait (EL), ce qui représente le double de la production locale estimée. La poudre de lait (avec 30.000 tonnes) compte pour 75 % de la valeur de ces importations, le fromage pour 10 % ; le lait liquide pour 8 % et le beurre pour 5 %. La valeur des importations des produits laitiers est égale au triple de celle des importations de viande de poulet. Et cette concurrence semble avoir découragé les investissements dans la production laitière périurbaine. Cependant, la tendance de long terme de ces importations laitières explique que le secteur laitier local n’ait pas traversé une « crise » comme ce fut le cas dans la filière avicole. De plus, l’existence d’un « véritable » prix international du lait (à la différence de la viande de poulet) ainsi que la segmentation des marchés laitiers expliquent que les prix locaux restent élevés sur certains segments spécifiques tels que les produits fermiers. D’autre part, les importations laitières ont permis l’industrialisation rapide du secteur de la transformation qui pourrait à l’avenir offrir des débouchés croissants pour la production locale. Les réseaux de recherche-développement tels que des observatoires de filière pourraient jouer un rôle dans l’élaboration de futurs plans nationaux de développement des filières agricoles au Sénégal. Ils pourraient permettre notamment de débattre de la réévaluation du niveau du TEC et d’anticiper sur les effets attendus des Accords de partenariats économiques en cours de négociation entre l’Union européenne (UE) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
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Soumis le : dimanche 7 juin 2020 - 07:11:49
Dernière modification le : mercredi 1 juillet 2020 - 12:39:52

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  • PRODINRA : 11988

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Guillaume Duteurtre, Papa Mouhine Dieye, Djiby Dia, . Institut Sénégalais de Recherches Agricoles. Ouverture des frontières et développement agricole dans les pays de l'UEMOA : l'impact des importations de volailles et de produits laitiers sur la production locale au Sénégal. 2005. ⟨hal-02832463⟩

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