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QUEL AVENIR POUR LES GRANDS AQUARIUMS ?

Résumé : SUBAQUA Juillet-Août 2018-N° 279 SUBAQUA Juillet-Août 2018-N° 279 public des requins dans la mesure où ils sont issus, selon Olivier Brunel, de pêche durable et autant que possible, et, comme dit plus haut, d'échanges entre aquariums qui en font de la reproduction. À ce sujet, la communication ne reste-t-elle donc pas celle du passé, quand il est dit que les visiteurs sont plus à même de comprendre les menaces qui pèsent sur les requins en ayant l'opportunité (rare !) de les voir en vrai ? Que les requins restent pour cela d'excellents ambassadeurs ? Que l'impact de la pêche des requins à destination des aquariums est minime par rapport aux prélèvements quotidiens pour l'alimentation hu-maine ou le trafi c (d'ailerons notamment) ? Parallè-lement, l'institut, comme tous les grands aquariums, est membre de l'Union européenne des conservateurs d'aquarium (EUAC) et participe à des programmes de reproduction de certaines espèces. Dernier programme en date : celui en faveur de la protection des tortues marines, qui, on le sait, sont menacées par de multiples dangers : les collisions avec des bateaux, la pêche accidentelle, l'ingestion de déchets obstruant leur tube digestif, etc. Ce programme est très large et comprend donc de nombreuses actions. La princi-pale consiste à créer, au sein du Musée, un centre de soins pour recueillir, soigner et réhabiliter les tortues blessées ou en danger. Il devrait être composé d'un espace de soins, non visible du public, destiné à soi-gner les tortues. Une fois soignées, et avant le retour dans Mare nostrum, les tortues séjourneront dans un bassin extérieur de grand volume visible du public afi n qu'elles se réhabituent à nager. Souhaitons que ce bassin n'ait vraiment vocation qu'à être et servir à cela et non à être « rempli » par des tortues qui n'au-raient pas lieu d'être là. n L'OCEANORIO DE LISBONNE Il ne s'agit pas d'un musée mais « juste » d'un aquarium. Dans son bâtiment principal, le visiteur tourne sur deux étages autour d'un gigantesque bassin central dans lequel évoluent différentes espèces de requins et de raies (pointe noire, renard, bouledogue, guitare, manta, aigle), des barracudas, des carangues, un poisson-lune, etc. Plus de 100 espèces semblent vivre en harmonie dans ce « grand » volume. C'est très impressionnant et les réactions du public vont clairement dans ce sens avec des « waouh ! », « impressionnant ! », « incroyable ! », « regarde, re-garde ! » facilement reconnaissables quelle que soit la langue employée. À côté de ce gigantesque bassin, de nombreux autres aquariums, de moindre mesure, proposent faune et fl ore de tous les continents. Man-chots, oiseaux et loutres font également la joie des enfants. Ici les questions abondent et je les ai posées (plusieurs fois par E-Mail), sans avoir eu de réponse à ce jour sur la pertinence d'avoir certains de ces animaux (ceux précédemment cités typiquement). Diffi cile donc d'avoir une idée précise de la volonté des responsables de cet aquarium, réputé comme un des plus grands d'Europe (avec 500 espèces différentes, 8 000 spécimens), surtout quand le chemin d'accès au bâtiment (une passerelle d'environ 30 m) est dédié, sous forme de posters, à l'ensemble des projets/programmes de recherche et de protection fi nancés par la fondation associée à l'Oceanorio depuis les 10-15 dernières années. Et il y en a eu beaucoup (protection des prairies à macrophytes, protection des amphibiens, protection des hippocampes, inventaire des coraux, étude dédiée au poisson-lune, photo identifi cation des raies mantas, conservation des tortues ou des oiseaux marins, protection des forêts tropicales en Amazonie, etc.). Aussi, l'Oceanorio fait un véritable effort de sen-sibilisation à l'environnement, notamment à destination des plus jeunes, avec Vasco (en référence au célèbre voyageur et découvreur Vasco de Gama, immortel portugais), un petit personnage virtuel qui s'invite dans de petits fi lms portants sur l'écocitoyenneté, la pollution, la protection de la mer et ses habitants. Mais d'un autre côté, il y a ces grands pélagiques enfermés qui tournent en rond. À côté de l'aquarium proprement dit, un bâtiment, dédié au moment où j'y étais aux expositions temporaires, proposait une magnifi que « exposition » intitulée « Des forêts sous la mer » mise en scène par Takashi Amano (connu comme le grand maître de l'aquarium naturel, malheureusement décédé). Cette exposition était pensée à la manière d'un magnifi que jardin japonais. Imaginez : un aquarium unique en U de 160 m 3 et 40 m de long, 2,5 m de largeur, 1,8 m de hauteur et 1,45 m de profondeur, abritant plusieurs dizaines de prairies sous-marines (46 espèces de plantes aquatiques), quelques petits poissons et autres crevettes, avec 25 tonnes de roches volcaniques venant des Açores, 78 troncs d'arbres d'Écosse et de Malaisie et 12 tonnes de sable. Ici donc, pas de « gros », majori-tairement de la végétation, le tout baigné par une belle lumière et un fond musical adapté, avec la possibilité de s'asseoir et contempler. Certes moins impressionnant pour les enfants mais peut-être plus inspirant, plus apaisant, invitant les adultes à aimer, à protéger, avec des espèces animales relativement inféodées à un habitat de taille limité… Je vous invite à regarder la vidéo qui résume très bien le « making off » (https://youtu. be/Kq5D8k4BVXs). Alors que conclure au fi nal ? n L'AQUATIS DE LAUSANNE Petit dernier des aquariums/vivariums proposés au public, l'Aquatis a ouvert ses portes au début de l'automne 2017, en revendiquant d'être le premier grand aquarium dédié aux eaux douces. Suivant les concepteurs du projet, Aquatis symbolise : AQUA = Eau, T = Terre, I = Innovation, S = Science. Concrètement, le visiteur est invité à une « Odyssée de l'eau douce » à travers les 5 continents, via 46 aquariums/terrariums/vivariums, 20 écosystèmes représentés, le tout avec 252 espèces de poissons, une cinquantaine d'espèces de reptiles/ amphibiens et près de 350 espèces de plantes. Mettre en avant les eaux douces, le cycle de l'eau, que tout est relié, est à mon sens très important et je salue l'idée. Ici force est de constater que le compromis a été fait entre vivant et virtuel (avec de nombreux écrans verticaux portant sur diverses actualités liées à la problé-matique de l'eau, la biodiversité et les climats, une scénographie inspirée du cinéma avec aussi des décors au plafond et des miroirs au sol). J'ai personnellement été sensible à la volonté de ne pas trop en mettre et à la place laissée aux animaux. J'ai aussi apprécié la confi guration sur deux niveaux, la simplicité des tables tactiles associées à chaque « enclos » présentant les animaux et leur vulnérabilité suivant les critères de J'ai voulu me faire ma propre idée et j'ai choisi au hasard d'en visiter trois, fi n 2017, chacun étant très connu ou tout nouveau, à savoir le Musée océanographique de Monaco (MOM), l'Oceanorio de Lisbonne et l'Aquatis de Lausanne. En France, j'aurais pu/dû aussi aller (re)voir l'Oceanopolis, l'aquarium de La Rochelle, Nausicaa, etc. Dans le monde, notez qu'il existe aujourd'hui plus de 1 000 établissements de ce type. C'est en fait la lecture de deux articles qui m'a interpellé. Le premier disant simplement qu'aujourd'hui, au-delà du spectaculaire qui ne constitue en rien une excuse, faire tourner des « grands pélagiques » (les requins bien sûr mais aussi des thons, des carangues, des tortues, des poissons-lunes, etc.) dans un bassin clos ne devrait plus exister. Le second article, beaucoup plus véhément, soulignait que les aquariums/viva-riums ne constituaient pas moins qu'une honte certaine et une forme de décadence de l'Homme, toujours désireux d'enfermer ou d'emprisonner, avec cette justifi cation récurrente : « Pour sensibiliser et protéger, il faut connaître, donc voir ». S'il est vrai que les parcs et autres aquariums continuent en général d'émerveiller petits et grands, constituent-ils pour autant le gage évident que nous protégerons ce que nous venons de voir ? Est-ce vraiment grâce à eux que nous nous mobiliserons face à la disparition des espèces due à la ra-réfaction de leurs habitats, aux pollutions qui les déciment, à leur (sur)exploitation toujours plus grande, etc. ? Pas si sûr, à l'évidence. Alors, qu'ai-je vu et appris en faisant le tour de ces lieux et en interrogeant certains de leurs responsables ? n LE MUSÉE DE MONACO Le MOM nous émerveille rien qu'en regardant son bâtiment construit sur une falaise face à la mer, le fameux « rocher » sur lequel le palais princier n'est pas loin, mais aussi par son histoire avec les expéditions océano-graphiques du prince Albert 1 er de Monaco, ses incroyables collections, sans oublier la direction scientifi que assurée par J.-Y. Cousteau pendant près de 30 ans. Si les aquariums restent une attraction importante, la part belle est faite au musée qui a su, selon moi, allier tradition et modernité. Pour cette dernière, je pense bien sûr aux outils issus du numérique mis en place, comme cet impressionnant écran de 20 x 2 m sur lequel « nagent et se croisent » des requins numérisés à taille réelle. C'est à la fois innovant, original et grandiose. Le visiteur peut se positionner face à l'écran à plusieurs endroits et face à lui, une espèce de requin est alors décrite plus en détail. La sensibilisation passe surtout par les expositions temporaires ou permanentes qui ont une place de choix dans le Musée. Quant aux aquariums à proprement parler, ils restent très beaux avec un savoir-faire né à Monaco sur la croissance, la survie et la reproduction des coraux. On y dénombre 300 espèces de poissons réparties entre les espèces méditerranéennes et tropicales, 300 espèces d'in-vertébrés et encore 100 espèces de coraux vivants. Il y a aussi des aquariums avec des grands pélagiques
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Déposant : Stéphan Jacquet <>
Soumis le : lundi 17 août 2020 - 18:07:37
Dernière modification le : mercredi 2 septembre 2020 - 03:21:11

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Stéphan Jacquet. QUEL AVENIR POUR LES GRANDS AQUARIUMS ?. Subaqua, 2018. ⟨hal-02916394⟩

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