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Conference papers

Catégoriser les maladies, classer les éleveurs. Sur les usages de l'homéopathie vétérinaire

Résumé : Les récentes mobilisations de professionnels de santé contre l’homéopathie ravivent un débat qui a commencé dès l’apparition de cette médecine en Allemagne, à la fin du XVIIIème siècle, et qui se noue autour de la question de son efficacité thérapeutique (Faure, 2002). Cette controverse se retrouve également au sein de la profession vétérinaire, l’homéopathie étant aussi utilisée dans différents pays pour les soins aux animaux. Cette approche thérapeutique rencontre en effet un intérêt croissant des éleveurs, en tant qu’alternative aux antibiotiques, alors même qu’un programme d’action publique vise à réduire l’utilisation de ces produits en santé animale pour limiter le phénomène d’antibiorésistance (Fortané, 2016). Les éleveurs biologiques se sont quant à eux intéressés de près à cette médecine depuis longtemps, le cahier des charges de l’agriculture biologique limitant l’utilisation des produits issus de la chimie de synthèse. Pour les défenseurs de l’homéopathie, cette médecine ne consiste pas simplement à substituer des granules à des médicaments issus de la chimie de synthèse ; elle s’inscrit au contraire dans une démarche de diagnostic et de soins qui permet d’individualiser la prise en charge du patient. Qu’en est-il dans les faits ? Quels sont les usages de l’homéopathie par les éleveurs ? C’est cette question que nous avons abordée, en adoptant une perspective pragmatiste et en étudiant la manière dont la démarche homéopathique cadre la perception de la maladie et les interactions entre les éleveurs et leurs animaux. Nous avons alors mis en évidence les formes de classification induites par les usages vétérinaires de l’homéopathie : classement des signes cliniques permettant d’appréhender la maladie, de qualifier l’état de l’animal et de définir son traitement, d’une part, et classement des éleveurs selon leurs compétences professionnelles mesurées à l’aune de leur degré de maîtrise de la démarche homéopathique, d’autre part. Notre matériau empirique est constitué d’entretiens auprès de 24 éleveurs de bovins laitiers, dont une majorité (17) pratique l’agriculture biologique. Ces entretiens, de type sociotechniques, ont été menés avec l’appui de chercheurs en sciences animales et ont porté sur les pratiques de soins des éleveurs concernant la gestion de la santé de leur troupeau et leurs représentations concernant la santé animale et le rapport à l’animal. En complément de ces enquêtes, nous avons analysé différents écrits portant sur l’homéopathie vétérinaire et destinés aux éleveurs (presse professionnelle, guides pratiques). C’est à travers différents récits de guérison faits par les éleveurs que nous avons appréhendé la démarche homéopathique, ainsi qu’à travers les outils et supports qu’ils mobilisent (carnets de notes, livres…). La première étape, la « répertorisation », consiste à identifier différents signes relatifs à l’animal malade, à ses symptômes, à son comportement et à son caractère. Ensuite, le choix du remède le plus adapté se fait sur la base des signes relevés, en sélectionnant les plus pertinents ou les plus surprenants. La démarche homéopathique requiert un sens aigu de l’observation des animaux ainsi qu’une forte familiarité avec les remèdes homéopathiques et leurs indications. Ainsi, rares sont les éleveurs qui parviennent à une maîtrise de cette démarche. La plupart d’entre eux intègrent dans leur pharmacopée quelques remèdes homéopathiques sur des pathologies ciblées, qui ne mettent pas en jeu la vie de l’animal. Ceux qui parviennent à soigner la majorité des troubles de santé de leur troupeau avec l’homéopathie sont présentés comme des individus passionnés par cette médecine, mais aussi disposant de qualités affectives et sensorielles exceptionnelles leur permettant d’accéder à une connaissance intime de leurs animaux. L’homéopathie offre ainsi une grille de lecture et d’interprétation de la maladie et de l’animal malade, complémentaire à celle utilisée pour le diagnostic clinique en médecine conventionnelle et prenant davantage en compte l’animal en tant qu’être sensible. Se former à l’homéopathie permet alors aux éleveurs de développer des compétences d’ordre sensoriel et communicationnel– compétences qui, généralement considérées comme innées (Salmona, 1994), ne font pas l’objet d’un enseignement spécifique dans les écoles d’agriculture, alors même qu’elles sont essentielles pour interagir avec un troupeau. Ainsi, les résultats de notre travail contribuent plus largement aux réflexions actuelles sur le rapport homme-animal en montrant comment certaines techniques d’élevage permettent aux éleveurs d’investir ou de réinvestir la dimension intersubjective du travail avec l’animal.
Document type :
Conference papers
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https://hal.inrae.fr/hal-03140150
Contributor : Corine Lenat <>
Submitted on : Friday, February 12, 2021 - 3:44:58 PM
Last modification on : Tuesday, April 6, 2021 - 2:23:01 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03140150, version 1

Citation

Florence Hellec. Catégoriser les maladies, classer les éleveurs. Sur les usages de l'homéopathie vétérinaire. 8. congrès de l'AFS : "Classer, déclasser reclasser" RT 29 : Sciences et techniques en société, Aug 2019, Aix-en-Provence, France. ⟨hal-03140150⟩

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