Évaluation de l’impact du dispositif « Passerelle Plus » sur l’insécurité alimentaire et le bien-être de ménages en situation de précarité en France : un essai randomisé contrôlé
Résumé
Introduction et but de l’étude : Il existe en France de fortes inégalités sociales de santé (ISS), notamment en matière d’alimentation. Au moins 8 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire (IA). La politique actuelle de lutte contre la précarité alimentaire repose sur un système d’aide alimentaire -majoritairement basé sur la distribution de produits alimentaires- qui a montré des limites (stigmatisation, manque de choix, etc.) se traduisant par un taux élevé de non-recours. Il est urgent d’expérimenter et évaluer l’efficacité de nouveaux dispositifs de prévention de l’IA adaptés aux besoins des populations. Les transferts monétaires (TM) qui consistent en un soutien financier direct ont montré leur intérêt au niveau international et font en France l’objet d’une réflexion portée par les acteurs associatifs et encouragée au niveau institutionnel. Cependant, les études sur les TM en France sont rares et aucune n’a évalué l’efficacité d’un TM non restrictif (i.e. pouvant être utilisé pour n’importe quel type de dépenses) sur la sécurité alimentaire. L'objectif de cette étude est d'évaluer l'impact, les conditions de mise en œuvre et le coût-efficacité du nouveau dispositif «Passerelle Plus» porté par Action Contre la Faim, la Fondation Armée du Salut et INRAE, qui vise à améliorer la sécurité alimentaire et le bien-être de ménages en situation de précarité en associant 3 volets : un TM non restrictif, une orientation sociale et un atelier sur l’alimentation durable. Matériel et méthodes : Un essai randomisé contrôlé a été mené à Montreuil en 2024-2025. Des ménages en situation de précarité ont été recrutés par des structures sociales du territoire et répartis aléatoirement en 2 groupes: les ménages du groupe 1 (groupe intervention) ont reçu un TM de 60€/mois/membre du ménage distribué pendant 4 mois sous forme de carte de paiement utilisable dans tous les commerces et permettant le retrait d'espèces. Les participants ont également eu la possibilité d’avoir un rendez-vous avec une coordinatrice sociale pour être informés et accompagnés dans des démarches d’accès aux droits (logement, transport, santé…) et orientés vers des structures sociales du territoire en fonction de leurs besoins, et enfin de participer à un atelier collectif de sensibilisation et d’échanges de pratiques pour avoir une alimentation plus durable. Le groupe 2 (groupe contrôle) a reçu l'ensemble du dispositif après la phase d'évaluation par questionnaire. Différents indicateurs de sécurité alimentaire (insuffisance alimentaire, HFSSM, r-CSI, diversité alimentaire) et de bien-être (mental well-being scale, isolement relationnel) ont été mesurés par questionnaire avant le démarrage du dispositif (t1), à 3 mois (t2) et 6 mois (t3). Les ménages ont renseigné leurs achats alimentaires à t2 à l’aide d’un carnet et d’une collecte des tickets de caisse pendant 1 mois, afin d'évaluer l'impact sur la qualité nutritionnelle et l’impact environnemental des approvisionnements alimentaires. Des enquêtes qualitatives (entretiens semi-directifs) ont été menées sur un sous-échantillon des ménages et auprès des acteurs pour documenter l'utilisation et la satisfaction à l'égard du dispositif, ainsi que les facteurs qui ont entravé ou facilité sa mise en œuvre. Les coûts associés à la mise en œuvre du dispositif ont été recensés et rapportés aux impacts pour estimer le cout-efficacité. Résultats et analyse statistique : Au total, 342 ménages ont participé au dispositif, dont 172 dans le groupe intervention. A t1, 82% des ménages étaient en situation d'IA, 68% n'avaient pas recours à l'aide alimentaire, 30% étaient en isolement relationnel, et le score moyen de bien-être était de 18. Les taux de participation étaient de 93% et 87% à t2 et t3. Un effet significatif du dispositif sur l'IA et le bien-être a été observé à t2. Les résultats définitifs de l'efficacité du dispositif sur les indicateurs d'IA, de bien-être, la qualité nutritionnelle et l’impact environnemental des achats alimentaires, ainsi que les résultats des enquêtes qualitatives ne sont pas disponibles au moment de la soumission du résumé, mais seront présentés lors du congrès. Conclusion : Cette étude est le premier essai randomisé contrôlé évaluant l’impact d’un dispositif basé sur un TM non restrictif sur l’alimentation et le bien-être des ménages en situation de précarité. Elle apporte des connaissances sur les conditions de mise en œuvre et le coût-efficacité d’un programme de TM couplé à de l’accompagnement et éclairera le débat sur les politiques de prévention de l'IA et de lutte contre les ISS liées à l’alimentation.
