Atelier 3 : la biodiversité et les services de régulation biologique, les infrastructures agroécologiques mises en place pour favoriser la biodiversité, les suivis biodiversité et les premiers résultats
Résumé
Lors de la conception de la plateforme expérimentale CA-SYS, un principe important était de mobiliser des leviers de gestion qui favorisent la biodiversité, et notamment les auxiliaires qui contribuent à la régulation naturelle des bioagresseurs de culture. L’arrêt de l’usage de produits phytopharmaceutiques, l’importante diversification des couverts végétaux cultivés, et la réduction importante du travail du sol dans certains systèmes sont des facteurs propices à une évolution favorable de la biodiversité. En complément, près de 10% de la SAU de CA-SYS est aujourd’hui dédiée à des infrastructures agroécologiques (haies, bandes enherbées, bandes fleuries) ; elles forment des corridors écologiques offrant des refuges, des ressources complémentaires et des conditions microclimatiques favorables qui à terme doivent favoriser l’installation puis le maintien de la biodiversité en bordure des parcelles. Pour évaluer les effets de la transition agroécologique sur la biodiversité, un dispositif de suivi annuel a été mis en place dès 2018 sur CA-SYS. Ce suivi cible différents groupes taxonomiques qui sont importants pour la régulation naturelle des bioagresseurs. Il s’agit notamment des carabes, araignées, staphylins et larves de syrphes qui sont des prédateurs ainsi que des micro-hyménoptères qui parasitent des larves de ravageurs. Les abondances des bioagresseurs (pucerons, limaces) et des dégâts causés sont répertoriés en parallèle. Enfin, les taux de prédation exercés par les auxiliaires sur les pucerons et graines d’adventices sont mesurés à l’aide de cartes de prédation (proies exposées). Ces suivis sont réalisés en parallèle sur la plateforme CA-SYS et sur des exploitations voisines en agriculture conventionnelle qui servent de référence. Les suivis sont réalisés à l’automne et au printemps de chaque saison culturale depuis 2018 sur les cultures de blé et de colza. L’analyse des suivis de biodiversité 2018-2023 sur blé montre des variations interannuelles d’abondance de pucerons qui sont comparables entre la plateforme CA-SYS et les parcelles de référence voisines ; ce qui témoigne que l’arrêt de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques sur CA-SYS ne s’est pas traduite par une augmentation des infestations. Les limaces sont plus abondantes en système semis-direct (SD) mais leur nombre reste semblable entre le système avec travail du sol (TS) et les parcelles de référence en conventionnel. Pour ce qui concerne les auxiliaires, on observe des variations interannuelles des abondances qui sont comparables entre la plateforme CA-SYS et les parcelles de référence voisines. On note néanmoins des abondances de carabes plus élevées dans les parcelles en système semis-direct (SD). En complément de ces suivis annuels de biodiversité, une étude plus spécifique sur les prédateurs a été menée en 2023 dans le cadre de la thèse de Paul Bannwart, encadré par Sandrine Petit et Antoine Gardarin. L’étude cherchait à évaluer dans quels habitats les carabes et araignées hivernent et ensuite circulent, et notamment dans quelle mesure les bandes fleuries jouent un rôle dans l’hivernation de ces prédateurs. Pour y répondre, un dispositif mobilisant des tentes à émergence (piège hermétique capturant les individus en sortie d’hivernation) et des pots barber (piège à la surface du sol capturant les individus actifs en surface) a été déployé sur 17 parcelles de CA-SYS (10 en système avec travail du sol, 7 en système semis-direct) et leurs bandes fleuries, avec des suivis toutes les 2 semaines entre mars et juillet. Les résultats obtenus indiquent que sur CA-SYS, les bandes fleuries sont pour les araignées des refuges hivernaux aussi intéressants que les parcelles ; elles accueillent une plus grande diversité d’espèces qui ont des stratégies de chasse différentes, ce qui augmente l’efficacité de la régulation biologique (complémentarité). Par contre, nos résultats indiquent que les carabes hivernent plus et sont plus actifs dans les parcelles cultivées (qu’importe le système de culture) que dans les bandes fleuries, ce qui n’est pas forcément conforme à ce qui est trouvé dans la littérature. Il est possible que ce résultat soit lié au fait que les perturbations chimiques et surtout mécaniques sur CA-SYS sont très limitées. On aura en effet une mortalité bien inférieure des larves et des adultes de carabes qui sont dans le sol pendant l’hiver si le travail du sol est restreint ou inexistant. Le fait que les espèces de carabes les plus actives au champ au printemps ont toutes plus hiverné dans le système SD viennent en appui à cette explication. Le système SD apparait comme un habitat source depuis lequel les carabes vont ensuite se redistribuer dans les parcelles adjacentes, qu’elles soient en SD ou en TS.
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